LE FOYER-OBSERVATOIRE
Au cours de l'année 2022, plus d'une centaine d'habitants du foyer Nationale à Boulogne ont reçu une demande d'expulsion.
Si ce procès fait suite à une grève de redevances en 2016-2017, il s'inscrit également au cœur de la politique nationale, débutée en 1997, visant à transformer tous les foyers en résidences sociale, appelé Plan de Traitement des Foyers de Travailleurs Migrants.
En effet, pour comprendre les conflits qui opposent habitants, gestionnaires et municipalités, il est nécessaire de revenir sur l'histoire de ce lieu à la croisée des politiques migratoires, de logement et de rénovation urbaine.
CHRONOLOGIE BOULOGNE
Découvrez ce fil chronologique afin de retracer 70 ans d'existence des foyers de travailleurs migrants boulonnais au fil des transformations des politiques migratoires et de logement.
1950
Les
années
Création de Sonacotral (SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs ALgériens) qui devient Sonacotra quelques années plus tard lorsqu'elle ouvre ses portes à de plus nombreuses nationalités.
1956
Pour faire face au manque de logement dans les années d'après-guerre, plusieurs politiques constructions massives se développent. Ainsi, pour résorber les bidonvilles des abords des grandes villes ou les logements insalubres, appelés "logement taudis", sont construits de nombreux HLM pour les familles. Cependant, les hommes migrants seuls (célibataires ou vivant seuls sur le sol métropolitains) ne seront pas dirigés vers ces nouveaux logements sociaux. En effet, leur sera réservé un autre habitat : le foyer de travailleurs migrants uniquement dédié aux hommes migrants en âge de travailler originaires des colonies françaises (dans un premier temps d'Algérie).
1960
Les
années
Récupération par l'AFTAM d'un ancien immeuble d'habitation qui deviendra le foyer rue Yves Kermen
1965
Création de l'AFTAM - Association pour les travailleurs africains et Malgache
1962
Les années 1960 voient la naissance des associations gestionnaires qui se dédient au logement et à l'hébergement des populations ouest africaines. En effet, une division raciale est opérée dans la prise en charge résidentielle entre les hommes en âge de travailler originaires du Maghreb (logés par la Sonacotra) et ceux d'Afrique de l'Ouest ou d'Afrique noire, selon les terminologies de l'époque.
En plus de cette différence institutionnelle, les bâtiments construits ne sont pas les mêmes. Pour loger les personnes originaires d'Afrique de l'Ouest, les espaces sont collectifs des cuisines, aux sanitaires en passant par les chambres.
1970
Construction d'un foyer dit "communautaire" rue Nationale sur une zone dédiée aux activités industrielles (destruction préalable d'une usine)
1972
Emménagement dans le foyer rue Nationale (318 lits)
1974
Fermeture des frontières aux migrations dites économiques - création du dispositif de regroupement familial
Emménagement dans le foyer rue Stalingrad (117 lits)
suite à des travaux de remise en état d'un ancien hôtel et magasin
Destruction de l'ancien foyer rue Yves Kermen
1977
Les
années
Au cours des années 1970, le quartier du Trapèze à Boulogne devient un quartier d'habitation où les logements se mêlent aux usines. Les premiers habitants sont des migrants originaires des anciennes colonies logés dans des foyers administrés par l'AFTAM à proximité des usines Renault, recrutant de nombreux ouvriers parmi ces travailleurs migrants.
A l'échelle de la métropole, les années 1970 sont celles des constructions massives de foyers. On atteint au cours de ces années le nombre de lits le plus important pour ce parc qui traverse dans la décennie un fort mouvement social initié par ces habitants revendiquant plus de droits.
En savoir + :
  • la thèse et les travaux de Choukri Hmed
  • Le travail de Ginésy-Galano
Archives Municipales Boulogne
Carte indiquant le déplacement du foyer Kermen aux foyers Stalingrad et Nationale
1980
Les
années
1990
Les
années
1992
Lancement d'un projet de rénovation porté par des gestionnaires (AFTAM). Proposition de l'intégration de sanitaire dans les chambres de moins de 9m².
1995
Premier projet de rénovation annulé suite à une mobilisation habitante (grève de loyers, séquestration du directeur du foyer). Un passage au tribunal confirme la victoire des habitants sur la structure gestionnaire.
1996
Fermeture de l'usine Renault - site Boulogne Billancourt. Les projets de rénovation du quartier débutent
1997
Lancement du Plan de Traitement des Foyers de Travailleurs Migrants (PTFTM) afin de les transformer en Résidences Sociales
1994
Création de la Résidence Sociale comme habitat intermédiaire entre hébergement et logement.
Les années 1990 sont marquées par une intensification des critiques adressées au foyer. De la part des habitants et de leurs soutiens qui cherchent à visibiliser la vétusté des bâtiments mais également de la part des pouvoirs publics et des associations gestionnaires qui associent à cette critique du bâti une dépréciation des pratiques habitantes. Pour résoudre ce "problème foyer", structure gestionnaire et pouvoir public propose un "traitement" par la transformation des bâtiments qui entraîneraient une modification des pratiques habitantes. C'est la naissance du Plan de Traitement des Foyers de Travailleurs Migrants qui scellent leur transformation en Résidences Sociales.
En savoir + :
2000
Les
années
2006
La majorité des associations disparaissent, leur parc est récupéré principalement par l'AFTAM et la Sonacotra qui devient la même année Adoma.
Les années 2000 voit le lancement massif du Plan de Traitement des Foyers. D'abord plan quinquennal il est finalement étendu à l'ensemble des foyers en France et donc sans limite de temps.
Dans les premiers temps fondé sur les textes de 1997 (qui signent le début du plan), cette décennie est marquée par une multiplication de textes qui transforment les objectifs des réhabilitations de foyers.
Une circulaire en 2002, redéfinie les attentes centrées autour d'une individualisation des espaces de vie et un maintien de quelques espaces collectifs. En revanche, la circulaire suivante en 2006, souligne un durcissement des cadres architecturaux : les espaces des nouvelles résidences deviennent un outil pour orienter les manières de vivre de leurs habitants. Cette dernière est appuyée par une notice architecturale qui décrit des techniques d'ameublement et de construction visant à contraindre les pratiques jugées déviantes.
En savoir + :
  • La thèse de Laura Guérin (contact par mail pour obtenir le manuscrit)
Aux foyers de Boulogne, les années de 2000 sont marquées par une intensification des échanges sur des problèmes techniques et de salubrité des bâtiments (concernant : sanitaires, cuisines et chambres)
2010
Les
années
2016
2017
2015
2012
Pour en savoir + :
2018
Extrait du protocole d'accord entre Coallia, Adoma et Antin Résidence (propriétaire) pour le transfère de gestion, le 27 mars 2018, p5
Extrait du conseil de concertation entre habitants et gestionnaires, 17 mai 2018
Début Mai - Fermeture de la cuisine collective suite à une décision préfectorale : Début d'une grève des redevances
16 décembre - Incendie Criminel
Manifestions suite à l'incendie au début de l'année 2017
La grève se poursuit
D'autres fermetures de salles collectives ont lieu à Paris et en proches banlieues. La grève des redevances concernent plusieurs foyers et résidences sociales gérées par Coallia.
A partir de 2012, les échanges entre le comité des résidents et Coallia s'intensifient concernant la vétusté des bâtiments
A partir de 2015, municipalité et préfecture sont mises en copie des échanges entre le comité des résidents et Coallia concernant la vétusté des bâtiments
L'AFTAM devient Coallia.
Adoma reprend la gestion du foyer au 1er avril
Rachète la dette pour un euro symbolique
Demande néanmoins le remboursement de la dette aux habitants en refusant de délivrer des quittances de loyer
2020
Les
années
25 ans après le début du Plan de Traitement, quelques transformations de foyers en résidences restent à faire, c'est le cas des foyers Nationale et Stalingrad de Boulogne.
Adoma intente un procès pour expulsion à 118 habitants du foyer en 2021. Malgré les mobilisations collectives, les habitants perdent le procès comme l'appel.
Ils sont aujourd'hui, en juin 2023, toujours menacés d'expulsion.

Un autre procès concernant le reste des habitants concernés par la grève de la fin des années 2010 passera bientôt au tribunal. Les délégués et leurs soutiens continuent à se mobiliser.
Ce projet est né de la coopération entre plusieurs chercheurs au CNRS et l'association Copaf (Collectif pour l'avenir des foyers), dans le cadre du projet H2020 ReROOT "Arrival infrastructures as sites of integration for recent newcomers".

La réalisation de ce site a été rendue possible grâce au soutien financier du projet H2020 ReROOT et technique de Molengeek.
ReROOT has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme under grant agreement number 101004704
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